Luca Longhi - Portrait de Giulia Farnese

Dessine-moi une licorne

Il est amusant de constater que la plupart d’entre nous ont une idée précise de ce qu’est une licorne, alors qu’il s’agit non seulement d’un animal imaginaire (eh oui, je vous enlève vos dernières illusions…), mais que sa description et sa représentation ont considérablement varié selon les époques.

Marie-Cécile Thijs - Licorne

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De l’âne sauvage à la licorne : comment naît un animal mythique

Dans l’iconographie du Proche et du Moyen-Orient du IIIe millénaire avant notre ère, des animaux comme l’antilope ou le taureau sont souvent figurés de profil, de sorte qu’une seule corne est visible. Lorsqu’ils se battent, leurs silhouettes se superposent et leurs cornes s’enchevêtrent, rendant difficile le décompte des cornes.

La première représentation qu’on peut reconnaître comme une licorne avec certitude serait une figurine d’Iran datée du IXe ou VIIIe siècle avant J.-C. Et la plus ancienne mention de la licorne dans un texte occidental est due à Ctésias, médecin grec à la cour des rois de Perse, à la fin du Ve siècle avant notre ère. Dans son Histoire de l’Inde, il décrit un âne sauvage plus grand qu’un cheval, au pelage blanc, à la tête pourpre, portant au milieu du front une corne tricolore d’environ une coudée environ 50 cm).
Ctésias rapporte que les habitants de l’Inde taillent dans cette corne des récipients à boire auxquels ils prêtent des vertus médicinales, de fertilité et de vigueur sexuelle. La licorne y apparaît comme un animal farouche, combattif, rapide, aux propriétés si précieuses que les textes vont recopier cette description pendant près de deux mille ans.

De l’aurochs à la licorne : une erreur de traduction devenue mythe

Les textes bibliques évoquent peu la licorne, mais ils lui donnent une forte charge symbolique. Saint Cyprien, au IIIe siècle, y voit une créature diabolique qu’il faut fuir, et le Psaume 21 associe la licorne au lion comme figure des forces du mal.
Cette présence viendrait d’une erreur de traduction : le terme hébraïque désignant probablement l’aurochs aurait été rendu en latin par unicornis, « qui n’a qu’une corne ». La Bible latine reprend cette mention à plusieurs reprises, ce qui contribue à installer durablement la licorne dans l’imaginaire chrétien.
C’est toutefois Le Physiologos, Le Naturaliste, texte de la fin du IIe et du début du IIIe siècle, qui joue le rôle décisif. Cet ouvrage chrétien est à l’origine de nombreux bestiaires médiévaux. Il décrit non seulement la licorne, mais interprète aussi son comportement, fixant ainsi une première légende qui sera reprise et amplifiée par la suite.

Bestiaires médiévaux : quand la licorne entre en scène

Le Moyen Âge nous a laissé de nombreux manuscrits consacrés aux animaux : recueils de fables, encyclopédies zoologiques, traités de fauconnerie, ouvrages de médecine vétérinaire, et surtout bestiaires. Ces derniers sont particulièrement en vogue aux XIIe et XIIIe siècles en Angleterre et en France. Ils ont pour but de décrire les propriétés d’un certain nombre d’animaux, réels ou imaginaires. La licorne y figure en bonne place mais varie dans sa description.

Tantôt de grande taille, un corps de cheval avec une tête de cerf, des pieds d’éléphant et une queue de lion, tantôt petite à l’image d’une biche à tête de chèvre ou de bouc et à la queue de taureau, si la licorne emprunte telle ou telle partie du corps de différents animaux, elle possède toujours une corne rectiligne au milieu du front, très brillante et longue. Mais si le bestiaire s’intéresse à leur aspect physique, il décrit souvent leurs mœurs et leurs relations avec les autres animaux ou avec les humains.

À partir de ces descriptions, le bestiaire construit tout un système de symboles, souvent en s’appuyant sur la Bible. Le lion peut figurer Dieu ou le Christ, mais aussi le pouvoir, la justice, la vigilance ou la générosité. L’ours incarne plutôt le diable, la gloutonnerie, la paresse, la colère et la luxure. Le sanglier est vu comme courageux, mais on lui reproche sa fureur. À ces attributs s’ajoutent des anecdotes et des commentaires.

Quand la licorne est chassée

La licorne  et plus particulière la légende de La Chasse à la licorne deviennent un pilier de l’iconographie médiévale. On y raconte que, pour la capturer, les chasseurs envoient une jeune fille vierge et pure, vêtue d’une tunique. La licorne se précipite vers elle, pose sa tête sur sa poitrine et s’endort, ce qui permet alors aux chasseurs de l’empoigner. Cet épisode montre à quel point l’animal est alors lié aux forces du mal, et seule une jeune fille pure – assimilée à la Vierge Marie – peut la dompter et la mettre au service du bien. Par la suite, la licorne devient aussi l’image du Christ se réfugiant auprès de sa mère avant sa Passion. Sa capture et sa mise à mort figurent le sacrifice du Christ pour la rédemption des humains. 

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Tapisserie de la Dame à la licorne - Musée de Cluny, Paris

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Comparez

Entre une œuvre ancienne et une image contemporaine, demandez-vous  :

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