Picasso, peintre abstrait?
Bien qu’il s’en soit défendu avec force, oui, Picasso pourrait bien avoir produit de l’art abstrait, tout comme les Impressionnistes, Delacroix ou Rembrandt…
Comprendre la notion d'abstraction avec Picasso
Allons chercher ensemble ce que signifie ce mot fourre-tout qu’est ABSTRACTION.
Si comme moi, vous avez tant fait usage du mot ABSTRACTION pour parler de l’art non figuratif, vous risquez d’en avoir oublié sa réelle signification. Mais avant de rechercher dans les démarches picturales ce qui a mené progressivement certains peintres à l’abstraction ou plutôt au non-figuratif, je vous propose de nous intéresser tout d’abord aux présupposés que nous en avons communément. Pour ma part, ABSTRAIRE, c’est ôter, simplifier, mettre de côté et ne plus s’en occuper. Bien. Maintenant que nous disent les philosophes de ce mot ?
Abstraire, c’est séparer, isoler par la pensée ou au contraire rassembler ce qui n’existe que séparément donc simplifier ou généraliser. Ainsi, essayez de décrire un caillou, complètement, nous propose André Comte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique, c’est impossible.
Donc l’abstraction est une idée de son objet qui renonce à tout décrire, en cela, c’est une simplification. On voit ici que loin d’être éloigné de la réalité, ABSTRAIRE part au contraire de celle-ci, du concret pour en considérer différents aspects. À travers la pensée, l’esprit traite la réalité soit en la simplifiant soit en en fournissant quelques éléments pour mieux la comprendre ou la percevoir.
Prenons un premier exemple… concret. Quand nous déclarons qu’un citron est ovale (même si on ajoute qu’il a deux extrémités arrondies et proéminentes et blablabla), nous ne faisons rien d’autre qu’effectuer une abstraction puisque de toutes les caractéristiques de cet objet, nous ne retenons que sa forme.
Établissons maintenant un premier parallèle avec la peinture. Lorsque Picasso peint un citron, il en choisit quelques éléments (caractéristiques ou formes) qu’il assemble pour en donner une vision personnelle. Il en fait donc une abstraction, bien que le bougre s’en défende ! Poursuivons notre démonstration. Lorsque Manet peint lui aussi un citron, il l’observe dans un premier temps, le place peut-être dans un certain contexte, sous une certaine lumière avant d’en extraire pour ne pas dire d’en abstraire une forme visuellement reconnaissable et esthétiquement intéressante. Il va dire de ce citron un certain nombre de choses telles sa texture, sa couleur, sa matière, la lumière qui l’éclaire, etc. En aucun cas, il ne va rendre une image réelle du citron, mais plutôt ce qu’il souhaite (nous) en dire.
En comparant la représentation d’un même sujet par différents peintres, on comprend rapidement que leur but n’est pas la représentation de l’objet, mais que celle-ci sert à le montrer sous un certain angle pour en révéler quelque chose : un symbole dans les scènes de genre ou la peinture religieuse, une métaphore dans la nature morte, comme prétexte pour son aspect décoratif ou encore pour son intérêt formel et pictural. En ce sens, l’art ne pourrait être qu’abstrait.
Mais alors, peut-on dire que les Flamands du XVIIe siècle faisaient de l’art abstrait ?
Écoutons les auteurs du Vocabulaire philosophique abonder dans ce sens :
L’art abstrait consisterait pour l’essentiel en abstraction, la partie concrète étant marginale. Or, l’art produit des images visuelles et une image est toujours concrète. On nomme donc à tort l’art non figuratif, Art abstrait, alors même qu’il crée des œuvres sensibles donc concrètes. Mais l’abstraction désigne, en fait et à juste titre le refus humain de copier la beauté naturelle pour affirmer un Beau artificiel. En ce sens, l’art dit abstrait cherche à affirmer plus brutalement et grossièrement que l’art classique la nécessité d’une autonomie de l’art vis-à-vis de la nature.
Toute figuration est donc abstraite, mais… si je comprends bien, tout art est concret en tant qu’objet, mais abstrait en tant que représentation. En effet, un tableau, avant d’être une représentation, est un objet qui sensibilise du fait de sa surface. Et une représentation est toujours abstraite quand on considère son aspect formel. Pourtant, et je vais me faire l’avocat du diable, un citron peint par Pieter Claesz au XVIIe siècle semble infiniment plus concret à nos yeux que le même fruit peint par Picasso au XXe siècle, non ?
Eh bien, ce n’est qu’un miroir aux alouettes ou plutôt aux citrons !!!
En effet, nous avons vu que l’abstraction est une activité de l’esprit qui cherche à transformer un objet en une idée. Et donc la démarche est commune à nos trois artistes : donner du citron une idée, le sujet n’étant que prétexte.
À vous d'être concret!
Pour concrétiser votre compréhension de cette notion, lisez l’article consacré à l’Abstraction: Trop abstrait pour moi! et compléter avec l’analyse de tableaux en vous procurant la méthode la méthode complète ou en la téléchargeant gratuitement le pense-bête Art-toi..
ART-TOI et vois plus et mieux !