Dévergondée ou juste candide?
En admirant l’œuvre de Steen (ci-dessous) au Rijksmuseum, j’ai immédiatement pensé à celle de Van Loo exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Pourquoi ?
Observer les détails d’une œuvre pour comprendre le sujet
En admirant l’œuvre de Steen au Rijksmuseum, j’ai immédiatement pensé à celle de Van Loo exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Pourquoi ?
Des femmes, toutes deux allant se coucher. Mais si je savais la première peinte au XVIIe aux Pays-Bas, j’étais persuadée que la seconde émanait d’un peintre ayant été actif sous Louis XV, en France en raison de la grande liberté du sujet. Sans y réfléchir plus, j’ai imaginé que ce même sujet avait été traité par des peintres néerlandais de la même époque, l’un protestant resté au pays (bas !) l’autre perverti par la frivolité parisienne régnant au XVIIIe. Eh bien j’avais tout faux. Tout d’abord, Jacob Van Loo n’avait jamais mis les pieds en France au moment où il réalisa cette œuvre. De plus, le sujet de Steen est, on ne peut plus, trivial en l’étudiant de près. Effectivement, le peintre nous montre une prostituée allant se coucher. Elle enlève ses bas après son travail. Selon les analyses de l’œuvre de Van Loo, son modèle aurait pour référence les Histoires d’Hérodote dont le roi se montrant si fier de son épouse qu’il permet à son serviteur de l’admirer à la dérobée. Mouais. Comment me serais-je laissée grugée pareillement ?
La posture de la femme de Steen est certes inconvenante, on aperçoit le haut de sa cuisse plus ou moins distinctement. Mais, dans mon esprit, l’honneur est sauf puisqu’elle est habillée. Et puis un petit chien dort paisiblement sur le lit, animal, rappelons-le, symbole de fidélité. Oui, mais. Mais à y regarder de plus près, rien de noble dans ce tableau : un pot de chambre, le porte-jarretière bien en évidence, des pantoufles égarées, les jambes nues, la jupe remontée jusqu’aux cuisses. Bon, d’accord.
Pourtant rien de bien noble chez Van Loo non plus. Une jeune fille totalement nue, on voit son pied sale, elle monte sur son lit en nous regardant dans les yeux, invite assez claire à la suivre, non ?
Cependant, j’aurais dû aussi voir la pureté dans le regard de cette jeune fille. J’aurais dû reconnaitre une certaine candeur dans la posture et un rendu plus statuaire que charnel dans les formes. Bof.
Disons que l’une est moralisatrice tandis que l’autre est juste frivole !
À vous de juger !
Une autre femme à sa toilette, de Jan Steen également, que diriez-vous : dévergondée ou candide? Observez les détails, leur symbolique vous aidera à en juger !
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