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Analyse de l’œuvre : La Bataille d’Austerlitz de François Gérard

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Catherine Hahn

Auteure du livre : La Peinture, enfin j'y vois quelque chose !

Un tableau d’Histoire, quelle histoire !

Un tableau d’histoire, ça ne raconte pas l’Histoire mais une histoire, n’est pas ? Celui relatant la Bataille d’Austerlitz ne fait pas exception. Mais quelle histoire François Gérard raconte-t-il de cette campagne napoléonienne en Autriche au début du XIXe siècle ?
Suivez-moi, le tableau va vous parler.

Pour vous mettre en condition de réception idéale, imaginez-vous là…
…au Château de Versailles, là où est conservée l’œuvre que nous allons étudier. Pour la rejoindre, vous allez traverser de nombreuses salles toutes plus grandioses les unes que les autres. Vous pénétrez ensuite dans la plus grande d’entre elles…
…la Galerie des Batailles : N’oubliez pas de respirer ! Là, vont défiler sous vos yeux, au gré de votre promenade le long des cimaises, quatorze siècles de l’histoire de France depuis la bataille de Tolbiac en 496 jusqu’à Wagram remportée par Napoléon en 1809. En 33 tableaux. Arrêtez-vous devant celui-ci…

… La Bataille d’Austerlitz de François Gérard datant de 1810

Cinq mètres de haut par dix de long. Fou.
Laissez-vous porter quelques instants par ce gigantisme.

C’est quoi l’histoire ?

Revenu-e à vous, je suis à peu près certaine que vous vous poserez cette question et remuerez vos méninges pour tenter de vous souvenir de vos cours d’histoire : La Bataille d’Austerlitz, c’est quoi l’histoire ? Je vais vous aider.

Nous sommes en 1805. L’Angleterre, craignant un débarquement de ces maudits français, forme une coalition avec l’Autriche et la Russie. Apprenant cela, Napoléon réunit ses troupes et marche sur la Bavière. La Grande Armée, comme on l’appelle alors, va encercler les troupes autrichiennes à Ulm qui capitulent le 20 octobre. Et d’une !
Mais il faut tenir en respect la seconde puissance coalisée. On marche alors sur Austerlitz (en Moravie, aujourd’hui la Tchéquie, alors possession autrichienne). Le 2 décembre, le froid est glacial mais le soleil se lève. Majestueux. Impérial. Napoléon y verra un signe… Soleil ou pas, les troupes ennemies vont commettre une grosse erreur stratégique et Bonaparte déployer un parangon de tactique militaire. En 9 heures, malgré une infériorité numérique, l’armée napoléonienne met l’ennemi à genoux. Cette victoire obligera l’Autriche à signer un traité de paix et la coalition à se dissoudre.

Et quelle histoire a-t-on raconté au peintre ?

Certainement le discours prononcé par l’Empereur (ou une légende rapportée pour la gloire) depuis le balcon du premier étage du château d’Austerlitz : Soldats, je suis content de vous. Vous avez, à la journée d’Austerlitz, justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire. Une armée de 100 000 hommes, commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche, a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de 30 000 prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n’a pu résister à votre choc, et désormais vous n’avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette Troisième Coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée ; mais, comme je l’ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu’une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés. Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l’anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu’il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre. Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là, vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire, “J’étais à la bataille d’Austerlitz”, pour que l’on réponde, “Voilà un brave ».

Et pourquoi pas, François Gérard entendit peut-être aussi cette anecdote rapportée par un soldat :

L’empereur était immobile. Autour de lui, ses officiers d’état-major. Il levait le bras et le premier venait prendre les ordres et ainsi de suite. Vers le milieu de la journée et alors que la bataille battait son plein, lui descendit de cheval et se fit étendre une couverture. “La bataille est gagnée” dit-il, et il s’allongea. Il s’endormit tandis que le combat continuait de se dérouler.  

Quelle histoire a-t-on demandé au peintre de raconter ?

Napoléon a compris très rapidement le rôle des arts pour soutenir l’image qu’il voulait donner de lui. Il va commander tout au long de sa vie de nombreux portraits et notamment à François Gérard (plus connu pour ce genre pictural par ailleurs). Dans les premiers tableaux de bataille, ce sont les actions qui sont valorisées et non le général en chef, souvent perdu dans la mêlée. Mais peu à peu s’opère un glissement accordant plus d’importance aux protagonistes et à Bonaparte en particulier. Observons deux œuvres pour s’en convaincre.
Louis-François Lejeune - Bataille de Marengo - 1802

Trop de généraux, trop d’hommes, trop de chevaux, trop d’informations, le peintre ne réussit qu’à noyer Napoléon dans un flot anecdotique de détails et un cadrage panoramique. Le peintre ne sauva le héros de l’anonymat (et lui-même de la disgrâce la plus complète) que grâce à une redingote grise et un bicorne. Ouf.

En 1806, l’administration impériale commande à Gérard la représentation de la bataille d’Austerlitz. Celui-ci a, sans doute, eu vent des déboires de son confrère Lejeune. De plus, l’artiste se met au défi de surpasser le talent de son collègue d’atelier (celui de Jacques-Louis David), alors peintre attitré des scènes de batailles. Il soumet une esquisse, immédiatement acceptée. Et pour cause, regardez le résultat…

François Gérard - La Bataille d'Austerlitz - 1810

Quelle histoire nous raconte le peintre, en définitive ?

On est au soir du 2 décembre 1805. La bataille a eu lieu, François Gérard choisit (ou le lui a-t-on imposé ?) de nous raconter le moment le plus exaltant de l’histoire, celui où Napoléon rencontre les empereurs belligérants ; l’empereur d’Autriche et l’empereur de Russie, tous deux présents sur le champ de bataille.
Ce sont les postures et les regards qui en disent le plus long de l’histoire : L’Empereur des Français se tient droit, bien campé sur son cheval, métaphore de sa position de vainqueur. Son expression est impassible, profonde, presque méditative. Grave et sans condescendance (apparente pour le moins).
Elle pourrait illustrer cette anecdote : à un officier russe qui se plaint d’être déshonoré pour avoir perdu sa batterie, Bonaparte aurait rétorqué avec une certaine dignité (ou un triomphe modeste feint…) : Calmez-vous, jeune homme, sachez qu’il n’y a jamais de honte à être vaincu par des Français.

Ce n’est pas seulement un tableau de victoire, c’est une peinture de gloire. Gérard n’a pas uniquement commémoré la plus grande victoire napoléonienne, il a aussi édifié un monument à la gloire de l’Empereur militaire. Mais c’est la virtuosité technique acquise dans les ateliers du grand Maître Jacques-Louis David qui sauva cette œuvre de l’imagerie d’Epinal…euh d’Austerlitz.

François Gérard - La Bataille d'Austerlitz - Détail central du tableau

À vous de voir !

La prochaine fois que vous serez face à une œuvre, lisez le titre de l’œuvre, faites quelques recherches et interprétez le propos du peintre, l’histoire qu’il a voulu raconter. Vous souhaitez une autre analyse d’un tableau historique ? Découvrez celui de Jacques-Louis David, Le Serment du Jeu de Paume. Et pour compléter votre analyse et votre compréhension de tous les éléments picturaux des tableaux, procurez-vous le décodeur d’art sur www.art-toi.com disponible sur la boutique.

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